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Même pour les retardataires encore en vacances au début de septembre, il était difficile d’échapper à la couverture qu’ont faite les médias de cet évènement mondial : le sommet de Johannesburg, « pour un développement durable ». Quelques jours pour évaluer la situation de notre planète, pour faire des déclarations, prendre des décisions, avec la plupart des chefs d’Etat des pays les plus représentatifs (à l’exception remarquable, et remarquée, du président des Etats Unis), et nous voici au terme de cette rencontre soutenue par les uns, et critiquée par les autres.

Au moment de tirer les bilans, les journaux ne manquent pas de relever tout ce qui a pu faire défaut ; et la matière ne manque pas. Le Plan d’action, sorte de texte contenant l'inventaire des décisions contient des objectifs vagues et non contraignants[1]. Les expressions employées dans ce Plan montrent bien les préoccupations des participants, mais dans le même temps, elles trahissent leur réelle impuissance à prendre des décisions vraiment… décisives. Si le plan appelle à une augmentation substantielle des énergies renouvelables dans la production énergétique, il n’indique aucun objectif chiffré, ni aucun délai. A propos de la pêche, si certains ont relevé avec espoir l’objectif de ne plus dépasser la capacité de régénération du stock, ils n’ont pu que regretter cet ajout qui change tout : « là où c’est possible » !

Qu’il est difficile de satisfaire tout le monde ! Mais surtout, qu’il est difficile de concilier l’intérêt de tous avec les intérêts propres de quelques uns !

Bien sûr, des points positifs émergent avec suffisamment de netteté, même s’ils sont loin d’être satisfaisants : pour exemple la décision pour d’ici à 2015 de diminuer de moitié le nombre des personnes ne disposant pas d’accès à l’eau potable, et d’autant celui des personnes ne disposant pas de l’épuration des eaux usées. On peut encore évoquer le refus de subordonner les traités d’environnement à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

Qu’on en parle reste toujours un avantage : l’information sur les périls que nous faisons courir à notre environnement en profite. Les réflexions sur le sujet abondent ; les chaînes publiques de télévision multiplient leurs reportages sur les dégâts causés par la pollution, les économies réalisées par quelques initiatives pour économiser l’énergie. C’est l’occasion d’éveiller les consciences. Mais le risque subsiste que dans le même mouvement ces consciences se rendorment aussitôt : on en a parlé ; on a fait ce qu’il fallait… et on a oublié. Le développement durable doit devenir une préoccupation durable !

Si nous en avons entendu parler, surtout ne refermons pas le tiroir, comme les médias vont le faire très vite, pour passer à autre chose, et dans x années constater que les choses n’ont pas beaucoup avancé. C’est l’occasion d’en profiter pour rester attentif. Si dans le cas (peu probable) où le nombre de personnes ayant accès à l’eau potable, ou à l’assainissement de son eau, a diminué de moitié en 2015, que fera l’autre moitié ? 1,1 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable ; 2,2 millions meurent chaque année pour avoir consommé une eau polluée ; 2,4 milliards ne disposent pas d’installations sanitaires décentes[2]. D’ailleurs, d’une manière générale, que sera la vie sur terre dans 50 ans ? Quel sera l’effet de l’émission toujours plus importante du gaz carbonique ? Beaucoup sont pessimistes[3].

Il y a bien sûr nos habitudes de vie : nos appareils électriques de plus en plus restant en veille, nos moteurs mal réglés, nos choix dans la manière de nous déplacer, etc. ; mais il ne faut pas oublier notre engagement dans la réflexion en Eglise, dans la parole à dire en tant que chrétiens, en sorte que notre engagement soit durable.

La préoccupation du Seigneur pour sa création est elle-même durable : elle date de ce moment où Dieu a fait confiance à l’homme, en lui assignant le rôle de garder le jardin et de le cultiver (Gen 2, 15)[4]. Elle prend en compte une rédemption pour la Création tout entière (Rom 8,22 ).

Marc Pons, pasteur



[1] Cf. Le Monde du 4 /09/02. Les exemples qui suivent en sont tirés.

[2] Le Monde 28/08/02

[3] Même si, comme le faisait remarquer C. Allègre (France Inter - 3/09/02), le pire n’est pas prouvé, il y a de quoi s’inquiéter.

[4] Le mot très souvent traduit par cultiver a pour premier sens : servir !